mister no said no



stephane est parti, nous étions 3 boukistanais, je laisse la parole à Jérome :

C'était les vacances, un vendredi de la fin du mois d'août 2004. Nous arrivions Vince et moi pour l'heure de l'apéro chez PIJEY après quelques jours de sport correzien (des bars parallèles nottament) et nous avons été saisi à l'atterrissage par un reportage sur les pinasses du Bassin d'Arcachon diffusé au 20h de TF1. Sans le savoir Claire s'était ainsi chargée de nous présenter le personnage avec lequel nous devions dîner le soir même, et que nous ne quitterions plus avant ce triste 19 janvier 2008. 
Il était fort en gueule le bougre et sacrément irritant. Les connexions mirent quelques minutes avant que le courant ne passe. Mais dès que le disjoncteur fut mis en marche .... nous découvrimes un super mec, tendre, sensible, bienveillant, drôle, généreux. Il devint notre Ami, à la vie à la mort comme on dit si intelligemment. Un frère de la côte, un brigand de la vie.
Sacré Stéph, mon cerveau est constellé d'étoiles de nos aventures passés. Imaginez un soleil couchant, au milieu du Bassin, les yeux tournés vers le ciel, trois lascards qui venaient de montrer leurs forces, évoquant sans fard leurs faiblesses. Le temps n'avait aucune prise sur nous et nous étions fort de notre Bonheur commun. 
Quelle tristesse de savoir que nous ne partagerons plus que ces souvenirs désomais qu'à 2, comme deux vieux témoins blessés, et surtout que nous n'en fabriquerons plus d'autres avec lui, avec nos moitiés et nos petits.
Le Bassin s'est vidé dans ma tête et il fuit par mes yeux. Rien n'y fait, je pleurs comme un gamin. 
C'est dur pour moi de n'avoir pas été là pour lui, d'avoir ignoré qu'il avait tant besoin d'aide. Je passe mon temps à aider les autres. Quelle tragédie. Il n'a pas voulu me déranger, me détourner de mon Bonheur présent, alors que je suis amputé de mon passé.
J'ai l'impression d'avoir vécu dans un film, bien trop court, et dont j'ai du mal à imaginer qu'il puisse avoir une suite. Une histoire de mecs, virile et tendre à la fois. Un de ces trucs qui fait que sans être nés des mêmes parents on se prétend de la même famille.
Voyez braves internautes l'empreinte de cet homme. Vince vous le présente avec beaucoup de dignité et d'Amour. Vous l'auriez adoré avec ses qualités et ses défauts, ses excès, parce qu'il était vrai, sincère, attractif et qu'il savait donner tout de lui, sans compter. Il était exigeant et si bon.
Merci encore mon Vince.
Steph, c'était un mec bien qui, comme les héros, partent toujours trop tôt. Il y a de ces recontres qui s'impriment à jamais. Il en est.


le vent l'emportera dit la chanson, avec la voix du stef au départ, comme lorsqu'il traversait le bassin avec la musique à fond, noir desir ! (mozilla prefer)



 



what else ? pas moyen d'aller au marché sans saluer toutes ces dames, l'oeuil pétille, le mot s'envole, s'affirme, vient doucement mais avec gravité dans l'oreille d'en face, le marin est là


sur le "défense de rire" le marin contrôle, attention il saît tout sur le bassin et ses caprices, il le comprend et lui parle comme aux douces, avec passion !


le cata moteur moins glamour que la pinasse mais parfait pour aller manger des huitres au ferret


le marin sur terre roulait en harley, du son monsieur s'il vous plaît, "j'arrive"


indépendant le marin, pas seulement, généreux aussi, il écoute il boit tes paroles, le marin est parti, pourquoi ?


tout fou sur sa nouvelle paire de pompe, l'enfant du bassin fin août 2007


le marin aimait sa douce qui le lui rendait bien, un dimanche matin à la lagune


adieu marin, t'es chiant à jamais faire de compromis, on se retrouve un peu seul maintenant

les boukistanais en deuil !
.......
....
..


Merci mon zinc, cela fait du bien de pouvoir retrouver par ces photos les émotions que nous avons vécues avec lui. Il portait la joie de vivre et l'envie de se battre, contre les éléments déchaînés, contre les grains du sablier de la dune du Pyla. Ce mec restera pour nous une rencontre décisive, des moments de bonheurs intenses, des ivresses de libertés et de joies simples, des instants de complicité sans compromis, des heures magiques passées à regarder les étoiles, des secondes à dévorer des huîtres, des coups de coeur.
Adieu marin. Qu'il te reçoive avec bienveillance et amour en te confiant la barre d'une jolie pinasse pour que tu puisses continuer à voguer sur la voie lactée.
Depuis toujours tu disais que tu étais Le Marin Indépendant du Bassin, mais bien peu avaient compris que sous des abords fier l'Homme cachait UN Dépendant à la Liberté, dont nous ignorions que le sort était pendu à un coup de dés. C'est tragique. Quelle catastrophe. Si nous avions su. J'en rage, je suis furieux, ma colère supplante mes larmes. Toujours dans l'excès camarade. Tu l'as toujours été. J'étais à l'époque un Voleur de bonheurs. Je me sens aujourd'hui bien con avec mon butin.
Nous sommes désormais comme deux orphelins pour qui le Bassin ne sera plus jamais pareille. Les huîtres et l'Entre deux mers nous paraîtrons bien fade dorénavant.
Les pages d'un roman d'amitiés que nous avions écrites avec lui, au fil de l'eau, et que nous imaginions poursuivre avec nos enfants viennent de voir se refermer une bien sombre couverture. C'est une fin que nous n'aurions jamais imaginée. Le papa que je serai bientôt racontera à ce futur enfant, que je n'avais même pas eu la joie de lui annoncer, le Bon Homme qu'il était et les aventures que nous avons partagées avec lui.
Heureusement que le Canardo avait eu l'intelligence de capter sa malice, sinon je n'aurais que ma mémoire pour le faire vivre.
Sachez qu'en vous confiant ces images, c'est un cadeau qui vous est fait par Canardo. Une preuve d'amitié anonyme, gratuite et sincère.
Je n'arrive toujours pas à y croire. Ce n'est pas possible. Il est juste sorti faire un tour, hein mon Vince. C'est pas vrai mon zinc, il va revenir, bien vrai.
commentaire n° : 1 posté par : jerome le: 21/01/2008 09:58:36
C'était les vacances, un vendredi de la fin du mois d'août 2004. Nous arrivions Vince et moi pour l'heure de l'apéro chez PIJEY après quelques jours de sport correzien (des bars parallèles nottament) et nous avons été saisi à l'atterrissage par un reportage sur les pinasses du Bassin d'Arcachon diffusé au 20h de TF1. Sans le savoir Claire s'était ainsi chargée de nous présenter le personnage avec lequel nous devions dîner le soir même, et que nous ne quitterions plus avant ce triste 19 janvier 2008. 
Il était fort en gueule le bougre et sacrément irritant. Les connexions mirent quelques minutes avant que le courant ne passe. Mais dès que le disjoncteur fut mis en marche .... nous découvrimes un super mec, tendre, sensible, bienveillant, drôle, généreux. Il devint notre Ami, à la vie à la mort comme on dit si intelligemment. Un frère de la côte, un brigand de la vie.
Sacré Stéph, mon cerveau est constellé d'étoiles de nos aventures passés. Imaginez un soleil couchant, au milieu du Bassin, les yeux tournés vers le ciel, trois lascards qui venaient de montrer leurs forces, évoquant sans fard leurs faiblesses. Le temps n'avait aucune prise sur nous et nous étions fort de notre Bonheur commun. 
Quelle tristesse de savoir que nous ne partagerons plus que ces souvenirs désomais qu'à 2, comme deux vieux témoins blessés, et surtout que nous n'en fabriquerons plus d'autres avec lui, avec nos moitiés et nos petits.
Le Bassin s'est vidé dans ma tête et il fuit par mes yeux. Rien n'y fait, je pleurs comme un gamin. 
C'est dur pour moi de n'avoir pas été là pour lui, d'avoir ignoré qu'il avait tant besoin d'aide. Je passe mon temps à aider les autres. Quelle tragédie. Il n'a pas voulu me déranger, me détourner de mon Bonheur présent, alors que je suis amputé de mon passé.
J'ai l'impression d'avoir vécu dans un film, bien trop court, et dont j'ai du mal à imaginer qu'il puisse avoir une suite. Une histoire de mecs, virile et tendre à la fois. Un de ces trucs qui fait que sans être nés des mêmes parents on se prétend de la même famille.
Voyez braves internautes l'empreinte de cet homme. Vince vous le présente avec beaucoup de dignité et d'Amour. Vous l'auriez adoré avec ses qualités et ses défauts, ses excès, parce qu'il était vrai, sincère, attractif et qu'il savait donner tout de lui, sans compter. Il était exigeant et si bon.
Merci encore mon Vince.
Steph, c'était un mec bien qui, comme les héros, partent toujours trop tôt. Il y a de ces recontres qui s'impriment à jamais. Il en est.
   
commentaire n° : 2 posté par : james le: 21/01/2008 13:28:40

Les heures du jours passent et nous éloignent encore un peu de son récent départ vers les cieux. Je ne parviens pas à me consoler de l'infini de cette absence, tant sa présence est immense.
Je n'arrive pas à me dire que jamais plus jamais j'entendrai ses commentaires sur l'histoire du Bassin, ses conseils sur la vie, ses histoires truculantes, ses anecdotes d'Amour des cailles. Je ne sais pas ce qui l'a abîmé, ce qui l'a fragilisé au point de nous quitter, mais je respecte sa décision même si elle m'émeut. 
Quelle que chose que je fasse, quel que son que j'entende, ma vue se brouille et mes sens s'embrument par la nostalgie de cet Etre qui gagna en très peu de temps notre affection.
Va, mon Ami, va la où tu as choisi de rester libre et trouve le Bonheur que tu as cru impossible ici. Je suis meutri.
A la mort de mon père l'un de mes confrères m'avait dit pour me rassurer que c'était une conversation qui s'interrompt pour vreprendre sous une autre forme. J'attends ton appel Stéphane.   

commentaire n° : 3 posté par : james le: 21/01/2008 15:13:28

Il y a des départs qui sonnent tellement froid. Je n'avais jamais imaginé la profondeur de la peine que je ressentirai en apprenant ta disparition le Marin. Toujours cette même propension à faire des phrases et puis ..... shuttt !!!      Plus rien. Le vide et le silence de l'âme. Impossible de remonter le temps. Heureusement que tu es là mon Vince sinon je crois bien que j'aurais l'impression d'avoir sublimé un rêve. 

Nos anciens ont eux aussi perdu des camarades, des frères, des amis, des voisins. Mais c'était souvent à cause de quelque chose : une guerre, un accident. Là, non. Pas de raison extérieure. Nous sommes dans ce qu'il y a de plus intime. Un choix intérieur, inaccessible, et quoiqu'il arrive inexplicable. Ne cherchons pas de justifications rationnelles ou irrationnelles. C'est chimérique.
Par amitié, par Amour nous devons nous contenter de respecter ce choix. Aussi pénible que cela soit pour  nous les survivants.
Mais combien de dommages collatéraux, combien de griffures, combien de larmes. Comme l'a si bien perçu Lol, ce type de choix fait l'effet d'un caillou jeté dans une mare, d'où, du point d'impact, viendrait s'éloigner par vagues diffuses et excentriques les conséquences d'un moment d'égarement. Nous sommes touchés par l'une de ces ondes en ce moment. C'est un de ces tsunamis affectif dévastateur, pour tous ceux qui l'aimaient. Celui qui part oublie souvent tout cela. Il sait en revanche que l'Homme est ainsi fait qu'ayant horreur du vide il reconstruira un jour. Il ne faut pas lui en vouloir. C'est ainsi. Et la vitesse de reconstruction est inversement proportionnelle à la distance de l'impact.
Pour l'heure, là, couché, très las, proche du monde des songes, je sais que je vais revivre quelques aventures avec mes 2 frères du Bassin, des baignades, des canons, des n'importes quoi, des gamineries, des leçons de vie. Un beau morceau de ma vie, l'un de mes préférés. L'aube s'annonçait pourtant propice pour que les Vieux prennent le pouvoir. Chacun de nous était fier des deux autres. Ce trio avait un pouvoir d'agréger de belles âmes autour de nous. La magie du chiffre vient de s'effacer, mais ce sourire enjoleur, ce rictus, cet oeil coquin et parfois hautain resteront graver là pour toujours. Vous l'auriez vu tenir la barre, approcher le ponton, lacher les gaz, courrir sur le pont, toujours précis, sortir une bouteille de rosée du bastingage, dégoulinante de fraîcheur, jeter l'ancre, allumer les sons, plonger en faisant le mâlin, et raconter des conneries, chanter, rire aux éclats de sa voix de tonnerre. Vous auriez croisé le verre ou le verbe avec lui que vous ne l'auriez pas oublié. C'est pour tout cela que j'ai hâte de le retrouver dans mes rêves. Bonne nuit. J'aurais sans doute un peu de Champagne dans les veines à mon réveil.    

commentaire n° : 4 posté par : jerome le: 21/01/2008 23:49:11

On ne peut rien dire qui sonne juste dans ces cas là. 

commentaire n° : 5 posté par : alex (site web) le: 22/01/2008 14:02:34
Chienne de vie, mais qu'allait-il faire dans cette galère ? 
J'aurais tant voulu être le Scapin qui l'aurait tiré des griffes de ses geoliers. Lui permettre de s'évader de la prison de son âme. Mais visiblement nous étions loin d'une comédie. Le marin a laissé ses docksides sur le pont. Elles ne seront plus portées et ne verront sans doute plus la mer. Et dire qu'elles avaient été de beaucoup de traversées. Comme Achille, Stéphane avait le pied grec, pur, sec, effilé. Un outil précis qu'il maniait à la perfection et lui permettait de sauter du poton ou de saisir la barre pour guider son fier destrier. Comme lui il avait du talent, mais aussi des faiblesses. Son air sûr de lui, comme on le perçoit sur les photos, était en réalité un rempart de théâtre. La couleur de ses lunettes était pourtant un signe visible. Sa faconde et sa démarche féline, qu'il avait plaisir à balancer, donnait l'impression qu'il était insubmersible, que rien ni personne ne pourrait le faire trébucher. Erreur fatale. Nous avions oublié qu'au travers de ses paroles, lors de nos discussions au miliieu du Bassin, il pouvait faire montre de mélancolie. Si comme le dit souvent Vince "chez les grands tout est grand", cela n'empêche pas au Colosse de sombrer. Bien que ranger dans les 7 merveilles du monde, celui de Rhodes n'est plus. Et bien Stéphane nous a quitté comme lui, un sale matin de janvier. Aux antipodes de l'été, pour bien nous signifier que le froid avait gagné.
Les minutes s'égrainent et l'absence de ce mec créé toujours le même vide abyssal. C'est un comble. On ne se voyait pas 24h sur 24, on se téléphonait de temps à autre, et nos retrouvailles étaient parfois espacées d'un été. Mais il y a des gens comme ça. 
Certains ont besoin de faire partie de votre quotidien pour que la force de l'habitude et de la fréquentation génére ce qui devient de l'amitié. Comme on viendrait un jour fredonner une chanson que l'on s'approprié alors qu'elle n'a été retenue qu'à cause de sa répétition sur les antennes. Généralement, dans ce type de relation amicale, la distance physique ou temporelle créé un tel éloignement que les âmes n'ont plus grand chose à se dire d'autres que des reproches du style : "tu donnes pas souvent des nouvelles" ou "tu pourrais appeler quand même de temps en temps". D'ailleurs on fini alors généralement par ne parler plus que du temps qui passe en oubliant l'essentiel. Or parler du temps est une perte de temps. 
Et puis il y a les êtres avec lesquels on est bien, on est en plein accord. Avec eux ni le temps, ni les kilomètres ne détériorent la force de l'Amitié. Elle est là, solide, immortelle. On se revoit toujours avec le même émerveillement, comme si on venait de se quitter la veille. Les mots du jour répondent à ceux de l'an passé.
Stéphane était de ceux là. Notre amitié avec Vince avait cette maturité. C'est sans doute pour cela que milles anecdotes m'assaillent, que j'ai du mal à me concentrer, que je ne cesse de le voir, de l'entendre, de l'imaginer.
Un jour de semaine aoûtienne que nous étions Vince et moi avec PIJEY et Lol, il nous a emmené tous les 4 sur le banc d'Arguin. Après une ballade rituelle au milieu des méandes du sable blanc, le cata arimé, bougeant juste au gré du courant, le deck bercé des rayons de lumière éclattante, nous faisions face à la Dune du Pyla. Le spectacle auxquels nous assistions était grandiose. Les oiseaux, en formation serrée, accomplissaient de drôles de figures entre la ligne de crête et les pins. Le clâpotis de l'eau battait la mesure d'une bossa nova. Nous étions en famille, engourdi de nos exploits de la veille et nous aurions pu vivre ces moments comme des tourristes lambdas, sans percevoir les secrets du Bassin. C'est là qu'il nous a expliqué son amour pour ces lieux, son histoire, ses légendes et qu'il a mis à fond un disque de Noir Désir. Le contraste entre cette musique, les rythmes endiablés, le sens des paroles parfois brutales de ces chansons mystérieuses, et la frénéise des beautés du lieu était saisissant. La voix sombre de Canta se reflétait sur nos peaux tannées. Par-delà la puissance, il y avait une messe et nous ne nous en rendions pas encore très bien compte. J'en mesure aujourd'hui la portée quand je songe aux toasts que nous avons portés à la nature. Stéphane avait ce don de vous faire aimer ce qui le faisait bouger. Il aimait partager et donner sans rechercher aucune contrepartie. Sa seule exigence était qu'il voulait des interlocuteurs vrais, sans hypocrisie. C'est pour ça qu'il ne laissait pas indifférent. Et comme nous aimions Vince et moi autant donner que lui, nous avions le sentiment de former une même famille, d'avoir le même sang. 
Voilà pourquoi je ne peux me résoudre au silence.
Je ne veux pas que ce mec parte sans que j'ai aussi tenté de révéler ce que je connaissais de lui. 
Peu importe la justesse de mes mots, peu importe le son qu'ils impriment pour ceux qui me lisent, l'essentiel est que Stéphane soit reconnu pour ce qu'il fut et que l'on ait envie d'avoir un ami comme lui. C'est un privilège que je ne peux conserver pour moi. C'est l'un des hommes les plus merveilleux que j'ai croisé. J'ai été son Ami, il sera toujours le mien.
Vous l'auriez vu parader aux Mouleaux un verre de caïhpi à la main, que vous n'auriez pas daigné lui porter de l'intérêt. Il faut se méfier de ces impressions là, elles sont parfois bien trompeuses. Les magiciens de la vie ne veulent jamais révéler leurs trucs. Salut l'Artiste. Tu nous manques. Toujours à coeur d'idées, il n'avait pas son pareil pour nous faire rencontrer tous les personnages que brassent le Bassin. Ce vieil homme à la chevelure d'albâtre, digne et d'une noblesse sans égale, propriétaire comme lui d'une pinasse amarrée à côté de la sienne. Ces amies qui avaient le génie de mélanger sous la voûte de quelques arbustes les meilleurs vins à de petits canapés de foie gras. Cette cabane de pêcheur où nous avions partagé la folie d'un jardinier poète de Versailles, une sorte de Lenôtre improbable. Ou encore, ces petits lieux où de la rive opposée nous dégustions avec délice des huîtres gorgées de vitalité. Comment ferrons nous désormais, sans verser une larme. Comment ?  Il avait du génie cet homme.  
 
  
  
commentaire n° : 6 posté par : jerome le: 22/01/2008 17:28:30
Après la peine, sans qu'elle s'éstompe, viennent ensuite mil et une idées pour prolonger la mémoire du défunt et rendre immortelle une amitié solide, aussi brutalement étouffée prématurément.
Je pense en effet qu'il est très commun de se demander comment honorer celui qui est disparu, qui n'est plus là pour s'exprimer : N'importe qui se demande "Qu'est-ce que je peux faire pour continuer à le faire vivre ?" 
Les réponses, que l'on cherche dans sa tête de boxeur encore sonné après un combat inégal, sont multiples. En ce qui concerne Stéphane, elle est unique et évidente. Pas la peine de tergiverser, de se lancer dans des travaux pseudo freudiens : C'est vivre !!! Cela peut sembler innocent ou ridicule, mais il ne suffit pas de survivre, encore faut-il, comme il aimait à nous le rappeler, goûter et apprécier tous les mets de la vie. 
Pas n'importe comment, ni dans n'importe quel but. 
Stéphane n'avait d'autres ambitions que de bouffer le Bonheur, de le dévorer à pleine vie. Tous les bonheurs quels que soient leurs grades ou qualités. Chaque jour, il les traquait, les débusquait, les amadouait, les cajôlait, les caressait, les surprenait, les apprivoisait, les attendait, et il les faisait danser. C'était sa nourriture spirituelle, son moteur. Il n'en avait pas d'autres. Son appétit était gargantuesque. Il capturait tous ces bonheurs pour lui mais aussi et surtout pour ceux qu'il aimait. Sa générosité était immense. Rien ne lui semblait excessif ni trop beau. Sa philosophie était simple, bien que parfois un tantinet dérangeante pour ceux qui ne partageaient pas la même quête. 
Aujourd'hui, même si le coq ne chantera plus comme avant, étourdi à son réveil par cette vision terrible, même si le roman d'une vie se clôture sur un bien curieux SCHLAKAHH de porte sans poignée qui claque, son étoile continuera de flamboyer malgré les ténèbres dans lesquels son départ nous a plongé. C'est elle qui continuera de guider les pas des personnes qui l'aimaient. Je ne dirai pas tout le temps, mais régulièrement je penserai à lui. C'est ainsi qu'il restera toujours en moi une part de son âme, personne ne pourra me la prendre, et qu'il continuera de poursuivre son festin des bonheurs laissés à l'abandon. 
Les obséques approchent. Sans peur je les redoute.
commentaire n° : 7 posté par : jerome le: 23/01/2008 16:22:12
mais c'est que ça ne donne pas envie de rire ... juste admirer vos réactions et louer cette extraordinaire amitié ...
commentaire n° : 8 posté par : rogers (site web) le: 25/01/2008 19:18:00
je l ai pas connu le bougre.mais je suis triste pour vous.
vince et james
old boy
commentaire n° : 9 posté par : nico (site web) le: 25/01/2008 23:01:35
Curieuse et bien triste journée. En principe, un marin ça prend la mer, aujourd'hui il a pris les airs. 
Avec Vince, nous avons suivi notre vieux pote Stéphane pour une dernière virée. 
Partis l'âme en peine à la nuit finissante nous avons rejoint Bordeaux par le premier train du matin. En chemin, salué par le soleil encore mal réveillé, l'astre tout embrumé, nous avons une fois de plus ravivé les détails de nos souvenirs merveilleux du Bassin. Ce trajet n'était pas comme les précédents où nous appréhendions à chaque fois, avec l'impatience de l'exaltation de deux gamins qui se rende dans un magasin de jouet, les retrouvailles avec notre frère du Bassin en nous demandant quelles seraient cette fois ci les aventures à venir. Non, ce matin là était pour la première fois teinté de nostalgie. Nous nous sentions vieux pour la première fois, comme si l'âge avait subitement pris une place parmi nous qui étions si insouciant auparavant. Fini les vacances. La cloche avait sonné, la réalité nous rattrapait en nous jouant un tour bien pendable. Nous devions rester des adultes, avec nos souvenirs de gamins qui croyait à l'éternité. Il fallait se rendre à l'évidence, ce ne serait pas Stéphane qui viendrait nous chercher à la gare, mais sa douce, sa caille, sa "shoumi d'amour", sa ferrari. En d'autres circonstances nous aurions plutôt été flattés d'un tel acceuil par la James Bond girl en personne. Là, même si tous les badeaux ont tourné la tête sur son passage, le goût de cette rencontre avait une tonalité bien tragique et l'on sentait que derrière les lunettes de mouche se cachaient des yeux bien rougis d'une belle reine abeille frappée par le châgrin. 
L'hommage qui allait suivre serait bien singulier. Encore une fois nous n'allions rien vivre de ce que nous nous attendions.
Au pas de charge nous avons rejoint la morgue pour saluer notre ami d'une caresse affectueuse sur son visage endormi, apaisé, serein, avant que ne vienne se refermer à jamais quelques secondes plus tard la porte du paradis. Puis, suivant de près le vaisseau lugubre qui conduisait notre Stéphane vers la rampe de lancement de son âme, nous avons découvert la base de commandement d'où nous pourrions suivre les opérations précédents son largage vers les cieux. J'avais déjà assisté à une telle cérémonie pour mon père et j'en conservais un joli souvenir. Le personnel du Père Lachaise avait été extraordinbaire de dignité, de sensibilité respectueuse. Mais si mon souvenir était doux, c'était sans doute parce que la mort avait frappé un malade qu'elle venait délivrer. Pour Stéphane, l'endroit, fait de petite briquettes rouges au milieu d'un parterre de sépultures, était sinistre. Rien à voir avec ce que j'imaginais. Certes l'accélération de cet enchaînement nous avait empêché de bien réaliser que nous effectuions ici notre dernier voyage tous les trois. L'absence de messe rendait l'ambiance déroutante. Nous n'avions pas de points de repères si rassurant dans ces circonstances, quelle que fusse la foi de chacun. Il fallu que, plongés au milieu des familles endeuillées, nous assistions à la détresse de ses proches pour que nous réalisions que Stéphane était absent. Oh oui il n'était pas là. Il l'était d'autant moin que ni ces lieux, ni l'ambiance, ni le calme et la pesanteur du silence ne lui ressemblait. Lui qui aimait tant se montrer, se faire remarquer au guidon de sa harley. Aucun doute Stéphane n'était vraiment pas là, ou plutôt il n'était déjà plus là. C'est au moment où, assis face à son cercueil, à la proue duquel était juché sa photo, et que nous avons entendu symboliquement que le vent allait l'emporter sur le son des instruments de Noir désir, que nous avons sorti nos lunettes noires pour masquer pudiquement les larmes qui ourlaient nos yeux. Epaule contre épaule nous ressentions un vide énorme. Heureusement que nous étions ensemble. Quel calvaire que ce spectacle. Puis, sans que nous nous y attendions, il est ensuite sorti dans un silence pesant, sans aucun bruit. Pas un mot, seules les plaintes déchirantes de ses deux orphelines., laissées là pour toujours. Ceux qui partent ne réalisent pas la peine qu'ils provoquent. Sans altérer nullement l'affection profonde que je lui porte ni la générosité sincère qui était la sienne, je ne peux rester indifférent à ceux subissent cet acte terrible. Quel gâchis. Tout en respectant sans le juger son choix ultime, quelle erreur égoïste faut-il commentre dans une minute d'égarrement pour ainsi renoncer à tout ce que l'on aimait. C'est bien inutile de s'en convaincre aujourd'hui. L'heure est aux adieux 
Invités à sortir à l'issue d'une cérémonie bien courte et presque impersonnelle, nous nous sommes retrouvés avec mon Vince sur le parvis de ce temple païen. Regardant le canon de la forteresse, nous avons alors vu sortir de la cheminée une drôle de fumée noire. C'était lui qui s'échappait. Il partait sans nous le bougre. Bien qu'ayant tous deux arrêté de fumer, moi depuis bientôt trois ans, Vince depuis quelques semaines seulement, nous en avons grillé une. C'était notre manière à nous de l'accompagner, de nous unir une dernière fois dans des volutes pour nous fondre dans les nuages. Et comme si Stéphane voulait alors nous signifier qu'il était bien arrivé et que nous n'avions pas à nous inquiéter il préparait notre accueil, le Soleil perça d'un coup les nuages et la brume se dissipa. Adieu mon brigand. Je suis croyant et je suis sûr que nous nous retrouverons un jour tous les trois pour poursuivre notre belle amitié.
Ses cendres seront restituées à la famille demain. Nous lui rendrons donc plus tard, dès les beaux jours, dignement à notre façon un hommage personnel sur le Bassin, face à l'Océan. Chez les grands tout doit être grand.
A zalut old chap's. 
Il nous faut désormais fêter les vivants et chérir ceux que nous aimons, en nous souvenant que la vie tient parfois à un fil.



commentaire n° : 10 posté par : jerome le: 26/01/2008 01:53:29

Tordage de bide.


Soyez forts.

Vina.
commentaire n° : 11 posté par : Vina le: 28/01/2008 08:08:34
 

commentaires boukistanais postés par jérome

alboums

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bienvenu dans mes chroniques  urbaines souvent, humaines surtout, une chronique par semaine environ, commentaires bienvenus
vincent


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