








Les heures du jours passent et nous éloignent encore un peu de son récent départ vers les cieux. Je ne parviens pas à me consoler de l'infini de cette absence, tant sa présence est
immense.
Je n'arrive pas à me dire que jamais plus jamais j'entendrai ses commentaires sur l'histoire du Bassin, ses conseils sur la vie, ses histoires truculantes, ses anecdotes d'Amour des
cailles. Je ne sais pas ce qui l'a abîmé, ce qui l'a fragilisé au point de nous quitter, mais je respecte sa décision même si elle m'émeut.
Quelle que chose que je fasse, quel que son que j'entende, ma vue se brouille et mes sens s'embrument par la nostalgie de cet Etre qui gagna en très peu de temps notre affection.
Va, mon Ami, va la où tu as choisi de rester libre et trouve le Bonheur que tu as cru impossible ici. Je suis meutri.
A la mort de mon père l'un de mes confrères m'avait dit pour me rassurer que c'était une conversation qui s'interrompt pour vreprendre sous une autre forme. J'attends ton appel Stéphane.
Il y a des départs qui sonnent tellement froid. Je n'avais jamais imaginé la profondeur de la peine que je ressentirai en apprenant ta disparition le Marin. Toujours cette même propension à
faire des phrases et puis ..... shuttt !!! Plus rien. Le vide et le silence de l'âme. Impossible de remonter le temps. Heureusement que tu es là mon Vince
sinon je crois bien que j'aurais l'impression d'avoir sublimé un rêve.
Nos anciens ont eux aussi perdu des camarades, des frères, des amis, des voisins. Mais c'était souvent à cause de quelque chose : une guerre, un accident. Là, non. Pas de raison extérieure.
Nous sommes dans ce qu'il y a de plus intime. Un choix intérieur, inaccessible, et quoiqu'il arrive inexplicable. Ne cherchons pas de justifications rationnelles ou irrationnelles.
C'est chimérique.
Par amitié, par Amour nous devons nous contenter de respecter ce choix. Aussi pénible que cela soit pour nous les survivants.
Mais combien de dommages collatéraux, combien de griffures, combien de larmes. Comme l'a si bien perçu Lol, ce type de choix fait l'effet d'un caillou jeté dans une mare, d'où, du
point d'impact, viendrait s'éloigner par vagues diffuses et excentriques les conséquences d'un moment d'égarement. Nous sommes touchés par l'une de ces ondes en ce moment.
C'est un de ces tsunamis affectif dévastateur, pour tous ceux qui l'aimaient. Celui qui part oublie souvent tout cela. Il sait en revanche que l'Homme est ainsi fait qu'ayant horreur du
vide il reconstruira un jour. Il ne faut pas lui en vouloir. C'est ainsi. Et la vitesse de reconstruction est inversement proportionnelle à la distance de l'impact.
Pour l'heure, là, couché, très las, proche du monde des songes, je sais que je vais revivre quelques aventures avec mes 2 frères du Bassin, des baignades, des canons, des n'importes quoi, des
gamineries, des leçons de vie. Un beau morceau de ma vie, l'un de mes préférés. L'aube s'annonçait pourtant propice pour que les Vieux prennent le pouvoir. Chacun de nous était fier des deux
autres. Ce trio avait un pouvoir d'agréger de belles âmes autour de nous. La magie du chiffre vient de s'effacer, mais ce sourire enjoleur, ce rictus, cet oeil coquin et parfois hautain
resteront graver là pour toujours. Vous l'auriez vu tenir la barre, approcher le ponton, lacher les gaz, courrir sur le pont, toujours précis, sortir une bouteille de rosée du
bastingage, dégoulinante de fraîcheur, jeter l'ancre, allumer les sons, plonger en faisant le mâlin, et raconter des conneries, chanter, rire aux éclats de sa voix de tonnerre. Vous auriez
croisé le verre ou le verbe avec lui que vous ne l'auriez pas oublié. C'est pour tout cela que j'ai hâte de le retrouver dans mes rêves. Bonne nuit. J'aurais sans doute un peu de
Champagne dans les veines à mon réveil.
On ne peut rien dire qui sonne juste dans ces cas là.

blabla